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Vincent van Gogh, Starry Night over the Rhône, 1888 © Musée d’Orsay, Paris.
Gift of Mr and Mrs Robert Kahn-Sriber, in memory of Mr and Mrs Fernand Moch, 1975.

Van Gogh – Munch
Musée van Gogh d’Amsterdam
Jusqu’au 17 janvier  2016

Edvard Munch et Vincent van Gogh sont à tel point réunis dans l’imaginaire collectif qu’ils sont fréquemment confondus, un tableau comme Le Cri, par exemple, a souvent été attribué à Van Gogh. Dès 1897, leurs œuvres sont associés dans des expositions, les mêmes collectionneurs les achètent et leurs deux noms sont souvent accolés dans des articles de presse.

Assimilés tous les deux par méconnaissance ou pour de mauvaises raisons à des artistes border-ligne, ils sont de fait associés aussi à des rebelles, des précurseurs ayant remis en question l’art de leur temps.

Illuminés, exaltés, ingérables, leur subjectivité radicale leur interdisant toute concession, ils apparaissent comme les pionniers d’un nouvel art, et fatalement, comme des individus tourmentés et souffrants. On n’abat pas les idoles sans se faire très mal, sans livrer sa part de chair.

Mais ce n’est pas si simple. S’accommoder de symboles ou de mythes (Sysiphe, Icare, le Christ, etc.) pour rendre compte d’une œuvre ou d’un parcours, ne saurait expliciter la complexe réalité du vécu de chaque artiste. Qu’elle soit celle d’un quidam ou d’un peintre célèbre, toute biographie est forcément une reconstitution, une reconstruction. Même si les historiens et les critiques d’art parviennent à analyser de plus en plus finement l’artiste et son œuvre, l’articulation des deux résiste souvent à l’interprétation.

Heureusement, pour ces deux peintres, on dispose non seulement de quantité d’œuvres et d’autoportraits, mais aussi d’un très important nombre d’écrits : huit cent et quelques lettres de van Gogh et des milliers de textes, poèmes, notes de Munch.

En ordonnant chronologiquement leurs écrits à leurs dessins ou peintures, en les faisant dialoguer, on peut mieux percevoir leur univers mental et la nécessité intime de chaque œuvre. Ils affirment tous deux la même perception de ce qui origine leurs représentations :

« On dit que j’imagine, c’est pas vrai, je m’en souviens » (Van Gogh), « Je ne peins pas ce que je vois, mais ce que j’ai vu » (Munch), manifestant tous les deux que leurs œuvres naissent de visions nées de souvenirs douloureux.

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Edvard Munch, Starry Night, 1922 © Munch Museum,Oslo.

L’exposition d’Amsterdam qui nous accueille par leurs deux autoportraits dévoile d’emblée leur proximité et leurs différences.
Ce qui les rapproche : une détermination dans le regard, une pesanteur, une présence. Les deux portraits sont ceux d’hommes qui s’assument pleinement comme peintres, pinceaux en main, mais les couleurs disposées sur la palette indiquent déjà leur différence de style : petites touches de couleur plutôt épaisses de Vincent, « jus » colorés plus fluides de Munch. Les arrière-plans aussi sont très différents : neutre et sobre pour Vincent, perturbé et tourmenté de Munch (le ciel, la maison et l’arbre sont peints nerveusement).

Deux styles, deux techniques très différentes, mais une force expressive comparable.

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Vincent van Gogh, Self-Portrait as a Painter, 1887-1888 © Van Gogh Museum,
Amsterdam. (Vincent van Gogh Foundation).

On trouve dans leurs biographies respectives de nombreux points communs : tous deux solitaires, âmes sensibles ayant eu à subir une vie difficile, celle de martyres de l’art devenus l’incarnation, le symbole de l’artiste moderne.

Vincent est le premier à affirmer la subjectivité de ses couleurs, à ne pas craindre de les exagérer, de les « outrer davantage », de créer des harmonies parallèles et des contrastes puissants : « Je me suis foutu de la vérité de la couleur », a-t-il écrit à propos de la toile du Semeur. Quant au Zouave, s’il est pour lui l’un des tableaux « les plus laids”, “horriblement dur” qu’il ait fait, il remarque : « je voudrais travailler à des portraits vulgaires et même criards comme cela. Cela m’apprend, et voilà ce que je demande surtout à mon travail (…) Faire des études de figures pour chercher et pour apprendre, ce serait pour moi le plus court chemin de faire quelque chose qui vaille ».
On trouve le même écho chez Munch, pour qui la « laideur » voulue n’est qu’un contrepoint à la « beauté » adulée des Salons. Tous les deux ont repoussé les limites de la couleur, du dessin et de l’expression au delà des frontières du bon goût.
Sachant bien ce qu’ils faisaient, ils ont mis leur énergie et leur technique au service de l’émotion à transmettre.

Leur histoire douloureuse imprègne leurs toiles. Edvard Munch a été profondément marqué par la mort de sa mère quand il avait cinq ans, puis par celle de sa sœur, toutes deux dues à la tuberculose (voir le très émouvant tableau de la malade alitée, semblant à bout de souffle). Son œuvre exprime sa profonde tristesse en même temps qu’un désir intense d’exprimer ses sentiments, une « nécessité intérieure » qui l’aide à conjurer ses angoisses.

Vincent, incompris par sa famille, se sentant abandonné, remplaçant d’un frère mort-né, a cherché sa place sous le soleil d’Arles qui l’éblouira avant de le consumer.

Des deux, c’est pourtant Vincent qui se suicidera à trente sept ans et Munch qui vivra jusqu’à sa quatre-vingtième année, couvert d’une gloire que Vincent a espéré en vain.

Foto:05.03.1999

Edvard Munch, Self-Portrait with Palette, 1926. Private collection

L’exposition est admirablement mise en scène, spacieuse, d’une grande lisibilité (excellente idée de placer les légendes en grand au-dessus des tableaux, résolvant le problème du lecteur obstruant la visibilité). Jouant sur deux couleurs murales (un bleu nuit ou un rouge sombre et un vert eau), la scénographie rapproche par des choix judicieux les thèmes communs aux deux peintres.

Chaque confrontation est saisissante : la Maison Jaune de Vincent, éblouissante sous un ciel bleu, face à la maison rouge sang et dégoulinante de Munch, la chambre ouverte, confortable, accueillante de Vincent face à celle, rigide et froide de Munch dont la présence au premier plan semble en interdire l’entrée.

Si le Faucheur de Munch paraît énergique, dominant son sujet, celui de Vincent semble noyé dans les blés, se démenant « comme un diable en pleine chaleur pour venir à bout de sa besogne (…) l’image de la mort, dans ce sens que l’humanité serait le blé qu’on fauche. Mais dans cette mort, rien de triste, cela se passe en pleine lumière avec un soleil qui inonde tout d’une lumière d’or fin ».

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Edvard Munch, Fertility, 1899-1900 © Canica Art Collection, Oslo.

L’exposition réunit parmi les plus grands chefs d’œuvres de deux peintres (Tournesols, Nuit Étoilée, Chambre, Portrait de Patience Escalier, Sous-bois, etc., de Vincent, Cri, Mélancolie, Désespoir, Madone, portrait d’Inger, etc., d’Edvard.

À voir aussi le tableau Nature morte avec Bible où un petit livre jaune est posé à côté d’une énorme Bible, métaphore du poids de la religion face au mince « roman français » « La Joie de Vivre » d’Emile Zola, porteur de liberté, de désir, de bonheur.

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Vincent van Gogh, The Sower, 1888. © Van Gogh Museum, Amsterdam.
(Vincent van Gogh Foundation)

Bien qu’ayant eu des vies parallèles, fréquenté la même bohème parisienne des années 1885-90, ils ne se sont pas rencontrés. Munch a découvert les œuvres de Vincent, quelques années après sa mort. En 1933, il assume sa filiation : « Pendant sa courte vie, van Gogh n’a pas laissé éteindre sa flamme – il y avait du feu et de l’éclat dans ses pinceaux pendant les quelques années où il s’est consumé pour son art. Au cours de ma longue vie et avec davantage d’argent à ma disposition, je me suis efforcé comme lui de ne pas laisser s’éteindre ma flamme et de peindre jusqu’au bout avec un pinceau brûlant ».

La mise en parallèle de leurs parcours et de leurs œuvres richement illustrée montre une même volonté, un même désir de se dépasser : « Eh bien mon travail à moi, j’y risque ma vie et ma raison y a sombré à moitié » (dernière lettre de Vincent à Theo). C’est cela, sans doute, la marque des génies.

AA

 

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