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Du bateau le paysage est paradisiaque. Il fait penser à la Baie d’Halong, sauf que les îles- collines ne sont pas en forme de pains de sucre. Un grand pont aux lignes pures relie  deux îles au loin.

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On arrive rapidement (20 minutes) à Naoshima, une île consacrée à l’art contemporain. Il y a deux grands musées, des ateliers d’artistes, des sculptures et des installations sur toute l’île. C’est un milliardaire japonais, M Fukutake, ami du maire de cette île, qui a lancé ce projet dès 1980. Benesse, le nom de son entreprise est partout présent. De petits bus gratuits siglés à son nom parcourent l’île. Il a choisi le grand architecte japonais Tadao Ando pour construire ces musées.

Notre logement pour deux jours est original et très agréable : une yourte. C’est très spacieux, il y a quatre lits, une table ronde centrale entourée de quatre piliers ouvragés très colorés qui soutiennent la structure en forme de cercle. 

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Comme on ne l’occupe qu’à deux, on est très à l’aise et j’adore tourner en rond, ce qui est plus difficile dans nos pièces rectangulaires. La merveille, c’est qu’on est quasiment sur la plage, à une centaine de mètres du rivage. La vue est sublime au coucher du soleil : la mer calme, les îles, le ciel. Un paradis marin. J’y resterai bien une semaine. Du lit, j’admire le paysage tout en tapant sur les touches virtuelles de mon iPad. 

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On se baigne, l’eau est chaude et le sable fin. Le soleil se cache lentement nous offrant des orangés rosés sur fond bleu tacheté de petit nuages blancs. Le matin, à l’aube, les eaux argentées m’accueillent pour un plongeon solitaire, un délice.

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Pour le petit dej dans la yourte, d’abord trouver comment se branche et comment fonctionne leur bouilloire en forme de soucoupe, puis thé vert accompagné de petits gâteaux de riz souflé et de gaufres. On est prêt pour visiter les musées. Bus Benesse pour le Musée d’art de Chichu. 

Super organisation : accueillis par de très jeunes adultes filles et garçons en uniforme gris perle (le personnel est beaucoup plus jeune que dans les musées européens), des uniformes différents à l’accueil et dans les salles. Tous sont équipés d’une oreillette et d’un micro. Il doit y avoir un superviseur quelque part pour les diriger (les surveiller ?). Les files d’attente bien organisées, caisses avec petits plateaux en alu pour déposer son argent ou sa carte bleue (aucune réduction pour ma carte de presse internationale de critique d’art). On est regroupés, il faut attendre.

Dès l’accueil, on reconnaît le style de Tandao Ando, un sacré bonhomme qui a débuté par une carrière de boxeur professionnel avant de se consacrer en autodidacte à l’architecture. Séparé très jeune de son frère jumeau, il vit chez sa grand-mère très occupée par le petit commerce qu’elle tient. Livré à lui-même, il fréquente les petits artisans du quartier et s’intéresse à leurs techniques et aux matériaux. Il se passionne pour Le Corbusier (à travers les livres), voyage en Europe et aux USA où il rencontre l’avant garde artistique (Pollock, Duchamp, etc., et au Japon, le groupe Gutai). Il commence à pratiquer l’architecture en autodidacte, un cas rarissime. Il construit des petites maisons, des boutiques tout en affinant le style qui va le faire reconnaître mondialement. Très critique envers la non-architecture hétéroclite des villes japonaises en plein développement, il cherche à créer un habitat plus serein, protégé du tumulte de la ville. Le béton brut et lissé (ou brossé) est son matériau de prédilection.

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Dès l’entrée du Musée, on reconnaît son style : blocs de béton banché (coffré), dont les trous de banches restent apparents, ce qui donne un rythme aux surfaces brutes.  J’avais plutôt de la sympathie pour cet architecte hors normes. J’avais vu notamment son travail à la Dogana de Venise, mais en pénétrant dans le musée, je me suis senti écrasé par ces murs de béton gris très proches l’un de l’autre. L’impression d’être dans une prison ou une tombe démesurée nous assaille. C’est disproportionné. On franchit des escaliers raides aux rebords agressifs, des couloirs sombres. On a beaucoup à marcher, à monter et descendre pour arriver aux salles où sont présentées les œuvres. C’est un mastaba pharaonique, une (sa) tombe gigantesque, qu’il a construit là ! Des milliers de tonnes de béton ont dû sûrement être nécessaires pour ce « musée ». Un délire paranoïaque, mégalomane… en plus, indestructible. J’imagine les centaines de bateaux remplis de matériaux qu’il a fallu acheminer pour le construire. C’est anti-écologique à mort. Qu’est-ce qui a pu lui passer par la tête pour réaliser un tel bâtiment ? Que s’est-il passé dans sa vie pour qu’il ait eu envie de construire ce gigantesque monument « funéraire » qui fait penser au Mémorial de la Shoah de Berlin (en béton brut aussi), mais au moins, ce dernier était justifié par les millions de morts, le pire massacre de l’histoire humaine – et il est nettement moins « gigantesquement excessif »… Ando était censé réaliser un Musée… 

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Les seulement trois salles présentent des œuvres loin d’être exceptionnelles et qui ne nécessitaient pas cet « emballage » délirant de béton.

La salle James Turrell présente deux écrans de lumières phosphorescentes (déjà vu et peu intéressant), celle de Walter de Maria est pourvue d’un grand escalier menant à une énorme boule de granit qui renvoie un peu de la lumière provenant de l’ouverture rectangulaire du plafond et des dorures des poteaux de bois dorés à la feuille. Ce n’est pas laid, mais un peu grandiloquent.

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Enfin, la salle de Nymphéas de Monet qui présente une grande toile et quatre petites éclairées par une lumière zénithale indirecte, mais le verre de protection renvoyant de la lumière sur les toiles, trouble la vision. En revanche, le sol de cette salle est finement réalisé de petits carrés de marbre blanc-gris (de Carrare) aux tonalités différentes qui s’harmonisent parfaitement avec l’idée des Nymphéas.

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Voilà, c’est tout (ou presque). On a ensuite du mal à retrouver la sortie dans ces couloirs gris labyrinthesques sans indications d’exit. Comme il est dit dans le dépliant offert à l’entrée : « La relation entre la lumière et les ténèbres tient une place prépondérante dans son travail ». Là, on était plutôt dans les (ses) ténèbres. Ouf, on est dehors.

Un autre musée nous attend, celui consacré au Coréen Lee Ufan. On connaît son travail minimaliste confrontant de belles et grandes pierres à des matières artificielles. Il est présent dans beaucoup de musées en Europe. Dans les premières salles, on retrouve les préoccupations des années 60 et 70 : allures d’objets, traces de pinceaux, retour aux gestes simples, puis on découvre ses œuvres plus récentes où le « faire » est réduit au minimum : une grosse pierre naturelle associée à une grande plaque d’acier. 

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Dans une autre salle, une belle pierre est éclairée par derrière et dans son ombre est projeté un film métaphorique d’eaux qui coulent, de végétations marines, de flux divers, de circulations de nuages ou de personnes, etc. Une œuvre simple qui nous fascine un bon moment. Dans ce bâtiment aussi, il y a peu d’œuvres. On reste quand même sur sa faim, habitués que nous sommes à découvrir dans nos musées des œuvres nombreuses et diverses.

Dans le village, quelques maisons anciennes ont été prêtées à des artistes pour réaliser des installations. En fait, pour moi, la plus belle œuvre de cette île est la grande ballade (en descente) du musée à nos yourtes. Le chemin domine la Mer Intérieure, le paysage est fabuleux et parsemé d’installations, notamment de grandes sculptures de Niki Saint Phalle (dragons, animaux fantasmagoriques très colorés) ou de Yayoi Kusama (citrouilles à pois). On retrouve sa citrouille à pois à l’entrée du port.

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On part pour Teshima, une autre île où l’art contemporain est aussi très présent. Il y a notamment un lieu qui s’annonce  exceptionnel.

à suivre… chronique 3

1.

https://alainamiel.wordpress.com/2018/10/27/chroniques-de-la-mer-interieure/

2.

https://alainamiel.wordpress.com/2018/10/28/1081/

3.

https://alainamiel.wordpress.com/2018/10/31/chroniques-de-la-mer-interieure-3/

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