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Dès l’arrivée à la gare, on sent l’incroyable pulsation de cette ville. Des milliers de gens se croisent et se frôlent dans tous les sens, des écrans partout, des lumières colorées qui scintillent, des personnages de mangas démesurés et souriants vantant toutes sortes de produits, de la pub partout, des commerces, des restaurants qui se suivent. On se sent décalés, mais emportés par cette vague qui avance, digère, créé des images, des sons, de la vie à deux cents à l’heure. Malgré ce rythme, les gens sont souriants, aimables, prêts à vous aider. Étourdis par ce flot et la masse d’indications difficiles à comprendre, nous décidons de ne pas nous attaquer directement à cette ville et à ces multitudes de transports. On prend un taxi jusqu’à notre nouveau ryokan. Du taxi, on se sent tout petits en traversant ces rues et ces carrefours à gratte-ciels démesurés dont on n’arrive pas à voir le haut. Les amateurs de photos d’architecture en auraient le tournis. 

Notre ryokan est tout près de Ueno, le plus grand parc de la ville. On arrive dans la verdure après avoir traversé des rues et des avenues bordées d’immenses immeubles vitrés. En début et fin de journée, pour rejoindre le métro le plus proche, nous aurons à traverser le bas du parc, une belle petite promenade.

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Première visite pour le quartier de Shibuya, où se trouve le plus grand carrefour du monde, paraît-il. Il est juste à la sortie du métro. Ce carrefour avec ses immeubles hyper modernes éclairés à giorno et scintillants de milliers d’écrans bruyants qui s’adressent à nous, est impressionnant. Sur ses nombreux passages piétons, des milliers de gens s’agglutinent sur les trottoirs et dès que le feu passe au vert, on les voit dévaler dans tous les sens. Ce carrefour fait l’objet de milliers de photos et de prises de vues spectaculaires. 

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Encore un contraste remarquable de cette ville et de ce pays : dans un coin, il y a un petit chien en bronze, pas très grand, une quarantaine de centimètres de haut, qui fait l’objet d’une grande vénération de la part des tokyoïtes. Une histoire triste d’un chien qui tous les soirs attendait à la sortie de la gare son maître de retour du boulot. Après le décès de celui-ci, il continua à l’attendre jusqu’à sa propre mort. Ce petit chien est aussi photographié que ce carrefour hypermoderne.

On s’y promène le nez en l’air, découvrant l’intense activité du quartier. Des boutiques, des grands magasins à plusieurs niveaux où on peut trouver de tout. Il y a un étage complet consacré aux arts graphiques. Les grandes marques sont toutes présentes et les magasins bondés. Il y a à Tokyo plusieurs quartiers hyper commerçants, plus ou moins branchés. La jeunesse est chez elle, on voit passer toutes sortes de looks.

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Après avoir fait un grand tour, on change de quartier, c’est facile par le métro. J’avais lu que Harakuju était celui des cosplays, ces jeunes qui s’habillent dans des looks pas possibles : cheveux oranges, jupes en fausse fourrures, lunettes en forme de cœur et grosses baskets, semelles compensées aux pieds, par exemple. Il y a des magasins qui vendent toutes sortes de fringues délirantes. On comprend d’où vient la mode. Il y a tellement de variétés de vêtements qu’on peut s’habiller exactement comme on veut. D’ailleurs, en regardant les gens qui passent (on s’est assis un moment pour contempler le spectacle de la rue), on se rend compte que le concept de mode est ici dépassé. Les jeunes, les filles surtout, ont chacune un look qui n’appartient qu’à elles. Jupes longues ou très courtes, plissées ou non, en parachute ou droites, en short, petites vestes ou manteaux longs jusqu’aux pieds, maquillés à l’extrême ou discrètement, chacune à un style, plutôt bien pensé. Il y aurait de belles photos de rue à faire en arrêtant ces jeunes filles souriantes. L’élégance reconnue de la parisienne est peut-être remise en question par ces jeunes de filles de quinze à vingt ans. Elles sont toutes jolies avec leurs styles très personnels. Trois copines qui marchent ensemble, trois styles différents, tous intéressants à détailler. Il n’y a pas une fausse note (la plupart du temps).

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On a vu aussi des immeubles de boutiques à la super architecture comme le Tokyo Plaza : façade de miroirs diamantée, murs blancs brillants très lisses et très classe, éclairage étudié, escalators spectaculaires qui mènent à des étages de boutiques joliment décorées aux vendeuses souriantes. Pour qui aime s’habiller et se parer de bijoux, de sacs, de nœuds dans les cheveux, il y a de quoi faire.

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On décide d’aller ensuite à Shinjuku, encore un quartier dit chaud conseillé par le guide : rues commerçantes, people, jeunes gens en goguette, mais c’est moins sympa. Le lendemain, le Musée d’Art Contemporain étant fermé pour rénovation, on a pensé aller voir le Centre National des Arts, un beau bâtiment de Kisho Kurosawa : façade toute en verre ondulée comme une vague. Une architecture exceptionnelle dans ce quartier où des milliardaires ont investi et créé leurs fondations. 

98836EE1-CB52-41B3-A5E2-538E8A7C32EEL’art contemporain est ici très prisé et, plus qu’en France, les richissimes se paient des tours pour montrer leurs collections et présenter des expositions de niveau international. Malheureusement, ce Centre est fermé le mardi. Comme je ne sais plus quel jour on est, je ne m’étais pas méfié. On est très déçu, d’autant qu’il y a un restau Bocuse au dernier étage d’où on a, selon le guide, une vue sublime de l’architecture du lieu. Tant pis. 

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On se dirige vers un autre musée, le MAM (Mori Art Muséum) qui nous semblait pas très loin d’après le plan, mais qui en fait n’était pas à côté. Il pleut très fort, c’est la première journée où on se prend une raïsse aussi monumentale. Malgré nos parkas et parapluies, on est tout mouillés. On se réfugie dans un restau marocain trouvé sur la route alors qu’on dégouline. Cela va nous changer des soupes japonaises (dont nous avons un peu soupé). Reprendre un peu de nourriture mamaïsée ne nous ferait pas de mal. Des tajines avec une graine de couscous spécial, c’était pas mal, mais le vin japonais a encore beaucoup à apprendre. Paraît-il qu’il en existe de bons très chers, mais ceux qu’on a goûté ne tiennent pas la route.

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Le Mori Art Muséum se situe dans une grande tour de cent mètres de haut. Il est au neuvième étage. On avait peur qu’il soit fermé, mais on est gentiment accueillis par des hôtesses parlant anglais, le français, connaissent pas, et pourtant on voit dans les rues beaucoup de mots ou d’expressions françaises (le franponais), notamment des enseignes de magasins. C’est fou le personnel qu’ils ont : trois personnes juste pour nous indiquer le chemin. 

On ne savait pas ce qu’on allait voir, on n’a pas été déçu… À l’entrée des grands panneaux avec « War is over » (Ah Bon !) puis « Catastrophes et désastres » (?)

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En fait, l’exposition traite de la façon dont les artistes ont rendu où rendent compte des catastrophes de notre temps. Très intéressant sujet qui remet en perspective le rôle des artistes dans notre société. Sont traitées les catastrophes naturelles comme le tremblement de terre du Japon de 2011, qui a traumatisé le pays. Dans ce cas, ce sont surtout ses conséquences qui ont été désastreuses :  le tremblement de terre (qui n’a pas beaucoup causé de dégâts matériels) a été suivi d’un tsunami (une vague d’une vingtaine de mètres de haut), ensuite de l’explosion de trois centrales nucléaires à Fukushima. Il y a eu plus de vingt mille morts, des dégâts considérables, des déplacements de populations, etc. Les artistes japonais ont évoqué ce désastre dans leurs œuvres. Ils ont tenté de traiter visuellement leurs sentiments d’impuissance et de désolation.

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Contre ces catastrophes naturelles on ne peut presque rien. En revanche, celles dues aux hommes, à la bêtise humaine sont nettement plus meurtrières : la colonisation, les guerres mondiales, leurs conséquences, etc., auraient pu être évitées. Abordées par des artistes européens et Américains, elles ont provoqué de très nombreuses œuvres, de Guernica à celles traitant de la Shoah.

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Des catastrophes plus récentes, d’un autre ordre, celles dues à la cupidité des banques qui, jouant au casino mondial de la finance, ont entraîné la crise économique mondiale de 2008 où trois millions d’américains ont été jetés à la rue et où les banques européennes ont salement morflé (on n’est pas à l’abri d’une rechute). Les responsables (politiciens et banquiers) n’ont d’ailleurs jamais été punis et continuent à couler des jours heureux. Que peuvent les artistes face à ça ? Qu’ont-ils pu faire pour empêcher ces tragédies ? Probablement rien, ça se saurait… Pas plus que les écrivains, les philosophes, les scientifiques, les hommes de culture n’ont rien pu faire contre l’avidité des politiciens, leur appétit de pouvoir, leurs compromissions, leurs luttes intestines. 

0DB98D2F-D814-4265-9428-627023DC2B24Thomas Hirshorn

Comment exprimer les tragédies du Bataclan ou de Nice ? Comment traiter visuellement de ces sujets ? Les artistes ne peuvent que témoigner après coup, tendre un miroir aux sociétés. Une nouvelle ère s’ouvre (peut-être) pour l’action : aider, comme le fait Al Wei Wei ou Yoko Ono à prendre conscience de l’absurdité de la politique des nations face aux migrants. Plusieurs des installations de Al Wei Weil ont un peu fait bouger les lignes. Dans cette exposition, il a réalisé une très grande fresque avec des personnages dessinés à la manière des céramiques grecques. À la place des dieux et des musiciens, on voit des tentes, des gilets de sauvetage, des barbelés et des flics matraquant les exilés. Cela sert-il à quelque chose ? En tous cas, il montre que l’artiste peut et doit agir face à ça.

0080CEE6-21BD-444F-A7DA-F3B4BBED4BCBAl Wei Wei

89ABEF22-8896-4926-97A8-51940FD8B474Yoko Ono

L’exposition finit sur une note d’espoir. L’art est un outil pour aider à la solidarité, pour lutter contre l’oppression. Il peut aussi contribuer financièrement à la charité (il le fait déjà un peu), à la reconstruction, à la consolation (« l’art console », disait Van Gogh). Une exposition qui vient à point pour nous parler de notre temps et du rôle à venir des artistes. Il devrait y en avoir beaucoup plus sur ce thème.

01D8D39E-C32C-469C-A311-AA8260A424AB.pngGeorges Rousse

Le lendemain, visite du Mont Fuji. Cette montagne mythique des Japonais est devenue une icône mondiale grâce à ses peintres. En hommage aussi à mon ami Van Gogh, nous décidons de nous y rendre. Venir au Japon sans approcher Monsieur Fuji (comme l’appellent les Japonais) nous semble inconcevable. Il y a un train direct de Tokyo, puis une petite navette qui mène à Fujikawaguchiko, au pied du Mont. On se renseigne sur le temps : a priori, il ne pleuvra pas, il y aura des éclaircies. 

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On prend le JR (Japon Railway), on traverse le Japon des champs, ça grimpe dans la montagne, on est loin de Tokyo et des buildings, puis un tout petit train nous amène à destination. On arrive enfin. Il est là, devant nous…, mais on ne le voit pas. Une brume épaisse le cache. On devine juste un peu les contreforts tout en bas. Il paraît qu’il ne se montre vraiment qu’au printemps. Nous prenons le bus qui mène au lac où il a l’habitude de se mirer. Le lac est beau couvert de gris, l’automne à commencé à faire rougir ou jaunir les arbres. Le paysage est bucolique et se prête aux photos. 

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Face au lac, il y a un téléphérique permettant d’admirer le Mont d’un peu haut. On le prend. Il y a beaucoup de Japonais, qui, comme nous, doivent être déçus de ne pas le voir, mais ne le montrent pas, et du promontoire, ils prennent quand même des photos devant le Mont Fuji. Il y a un petit autel avec une cloche qu’il faut faire sonner pour appeler le kami du lieu. On fait comme eux et on achète des petits souvenirs à la boutique (verres de saké en forme de Mont Fuji). On est bien sûr déçus, mais on aura foulé le pied du Mont Fuji et presque vu. J’ai envoyé « Trois vues du Mont Fuji » à nos amis. S’il n’y avait pas eu cette brume, on aurait dû voir ça :

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Le lendemain, c’est le jour d’avant le retour à Nissa la Bella. On décide d’aller faire une excursion vers le Tokyo de demain. Un quartier gagné sur la mer : Odaiba, est paraît-il surprenant. On prend le métro pour la ligne Yurikamone qui le traverse. C’est une ligne complètement automatisée. En se mettant dans le premier wagon juste derrière la vitre, on a l’impression de le conduire, ou, du moins, d’être dans un grand huit où défilent des immeubles aux architectures délirantes, des ponts immenses (le Rainbow bridge), la mer Intérieure, etc. Avec mon portable, j’ai filmé une partie du chemin. En accéléré, ça doit avoir pas mal d’effet (j’en ferai le montage à Nice).

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C’est en fait la partie de Tokyo qui a été gagnée sur la mer où se sont installées les grandes compagnies. Un XXIe siècle bien avancé. C’est une ville futuriste qu’on découvre, une Défense puissance cent et nettement plus moderne. Des bâtiments à l’architecture exceptionnelle émergent au milieu des nombreux buildings : le Télécom Center, l’immeuble Fuji, le Toyota Megaweb, le Miraikan (musée des sciences émergentes), le Musée Maritime (en forme de bateau), etc., et des centres commerciaux comme Venus Fort que nous avons adoré. Il est kitchissimement decoré (récréation d’une ville italienne avec des fontaines en marbre, un place de l’Eglise, de l’Olivier, etc., un ciel changeant et des animations lumineuses colorées (genre coucher de soleil). On y découvre aussi plusieurs vieilles rues avec des restaus, des épiceries, des garages et des voitures de toutes les époques. Du jamais vu.

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Avec toutes les photos que nous avons prises, j’ai de quoi faire un film très illustré de ce voyage.

Dernier soir au Japon, On retourne à Osaka pour y dormir, de façon à n’être pas loin pour prendre notre avion. Arrivés à l’hôtel à onze heures du soir, je profite une fois encore du très agréable et bien décoré onsen de l’hôtel (ouvert jusqu’à deux heures du matin). Bye bye Japan.

Je prépare une toute dernière chronique d’Impressions du Japon.

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