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La Biennale de Venise, c’est d’abord être à Venise, ville Patrimoine de l’Humanité. Chef d’œuvre recelant de multiples chefs d’œuvres, une telle densité de beauté en un même lieu relève du fantastique.  

C3DAC39F-D1D0-4C47-8109-E935BB4B672EPosés délicatement sur l’eau, ses palais aux styles gothique, byzantin, renaissance, hybride, incertain…, constituent une mise en scène de la beauté, de la richesse, de la puissance. Même les églises (à part San Marco), pourtant toutes grandioses, ne peuvent rivaliser avec la beauté des deux cents palazzo, les plus riches situés sur le Canale Grande.

F5D5255E-41EA-4DFE-B5F7-3900F9E27B28Les commerçants vénitiens qui ont fait fortune du XIVe au XVIIe siècle, quand Venise régnait sur la Méditerranée, ont voulu montrer leur puissance et leur goût, s’entourant des plus grands artistes, artisans d’art et architectes pour bâtir et garnir ces écrins raffinés. Les doges issus des grandes familles ont voulu que leurs palais impressionnent le monde…

B7369948-C83E-49F1-8D5F-6FE86BE5DA96Et c’est maintenant le monde de l’art et plus de cinq mille journalistes qui se donnent rendez-vous à Venise tous les deux ans pour célébrer les artistes et les œuvres de notre temps, une manière d’hommage. L’art contemporain permet cela aussi : se promener dans des palais jusque là inaccessibles qui prennent vie au mois de mai. Chaque année, de nouveaux palazzi s’ouvrent pendant la Biennale. La plupart du temps, ils sont restés dans leur jus, inhabités depuis des lustres. C’est cela aussi leur charme. Comme dans des contes de fées, leurs vieux murs délavés et leurs tapisseries érodées sont illuminés. Leurs pesants lustres de Murano et leurs meubles très anciens nous replongent agréablement dans les siècles passés. Un contraste saisissant avec les œuvres exposées… qui n’ont pas l’air d’en souffrir.

6B90020B-C412-4913-B8FA-BA3E378CF5ADPartie des Giardini où un certain nombre de pays ont édifié à leurs frais des pavillons il y a plus de cent ans, c’est aujourd’hui presque toute la ville qui est « biennalisée ». Les œuvres les plus contemporaines se retrouvent sur les campi, les piazzas, les pontes, les rios. Elles se marient gentiment avec les siècles passés, offrant de nouveaux points de vue à nos regards amusés, étonnés, critiques.

26CBE5EE-E569-4E8D-B02E-DD6382402D3ELes entrées des palais sont rarement grandiloquentes. C’est pour mieux surprendre. Le sas de la porte franchi, des espaces immenses nous attendent : des « salons » démesurés aux plafonds très hauts, des gigantesques quadrilatères pourvus de très  hautes fenêtres baignées par la clarté éblouissante du Canale Grande.

89EB58A6-AA60-4B5B-8FCC-CF6C594BAE10C’est le cas du Palazzo Corner (de la Fondation Prada) qui accueille une rétrospective de Janis Kounellis. Le génie inventif d’un maître de l’Arte Povera se déploie dans d’immenses salles à sa mesure. Son regard particulièrement décalé sur les objets nous oblige à les reconsidérer,  à les revisiter.

Dans la grande salle de bal du Palais, les dizaines de pardessus, de chaussures et de chapeaux étalés par terre devant les immenses fenêtres trilobées nous procurent une impression de malaise. Qui sont ces personnes dont on a enlevé les vêtements : des prisonniers, des victimes des chambres à gaz ?

0339762C-A74C-4D6D-8A9B-6B1350BEA811Une impression de menace règne aussi dans une salle où des grosses armoires ont été suspendues au plafond. On s’y aventure un peu inquiets, après avoir vérifié qu’elles étaient bien arrimées. 

A8189F3C-1365-4F56-80C1-8A5C989BDF6CLa salle où de grands conteneurs en fer sont remplis de vieilles machines à coudre, de tas de laines, d’objets en ferraille, de débris de l’industrie, nous renvoie aux gaspillages et aux déchets de notre temps. 

murskoinLes salles suivantes sont occupées par des grotesques personnages faits de laine noire et jaune pâle, des cloches à l’abandon, des sacs de plastiques roulés, des rebuts de potier (masques ou figures antiques), des instruments de musique reliés à des petites bonbonnes de gaz (?), etc. Kounellis aime jouer avec tous nos sens. Sur le mur de l’escalier, sont suspendus sur des petits plateaux triangulaires de balances sur lesquelles des tas de café en forme de cônes dégagent une agréable odeur de café. Dans une autre pièce, des centaines de petits verres de grappa parfument l’air de leur odeur acidulée.

8E81D5FF-1A04-4FE1-B85C-4788DFFD0AC4.pngL’imagination de Kounellis semble infinie. Une vidéo prise lors d’un montage d’exposition le montre en train de penser…

Autre nouveau palais à visiter grâce à la Biennale, le Palazzo Pisani, Conservatoire de musique de Venise, qui présente une exposition d’artistes iraniens. Ce soir, c’est la fête de la musique : (plusieurs concerts classiques sont prévus et chants, danse, théâtre, etc., sur les petits campi.

 

3occhiDans le somptueuse demeure des Tree Occhi, sur la Giudecca face à la Piazza San Marco, sont présentées les photographies d’une grande humanité de Laeticia Battaglia. On se plonge dedans, croyant reconnaître des gens, des lieux. Ce n’est pas un travail de photographe, comme elle le dit d’elle-même, mais d’une femme qui photographie.

E79D7C0A-B8D5-42BC-A329-C991594F5E8DSensibles, compatissantes, empathiques, ses photos ressemblent à la femme qu’on découvre dans les vidéos présentées.

 

On revient à la peinture avec les œuvres d’Adrian Ghenie à la Fondation Cini.Ses figures déformées aux chairs sanguinolentes à la Francis Bacon sont troublantes, dérangeantes. Dans quelques portraits, on croit reconnaître Trump (icône maléfique qu’on retrouve dans plusieurs lieux).

 

Dans le superbe espace de la Dogana, un des plus beaux lieux d’exposition au monde, sont exposées des œuvres dédiées à la lumière, aux reflets, au temps qui passe. Contrairement aux expositions habituelles, on n’est pas dans le spectaculaire, mais dans le sensible, dans l’effleurement.

ABD7C935-1B57-48FA-A407-8955079F9B11Des œuvres visuelles : images de pensées ou pensées d’images, jouant sur la vibration, sur la persistance rétinienne : plaques de verres couvertes de légères flaques d’eau jouant avec la lumière, plaques de granit usées par le vent, etc. Tout semble évanescent, d’une intense légèreté.

DFFAD817-3CDE-4C09-81FF-02FB31E452C1La légèreté aussi au Palazzo Grassi, où les personnages composés de touches de peinture faiblement colorées et sans contours du peintre belge Luc Tuymans nous renvoient leur déprimante beauté. Une force expressive dans la douceur.

CC46CD41-CC67-4DD1-A452-A039CB7B5C83Mêlant des blocs de marbre qui évoquent des livres (commentaires du Talmud) et de petits objets en kaolin, les œuvres d’Edmund de Waal légers et délicats sont exposés au musée Juif et à la Scuola Canton, l’une des cinq synagogues du ghetto. Une occasion aussi pour visiter cette charmante synagogue dorée.

 

Sur les quais, dans un ancien grand entrepôt, une vidéo de 20 mètres de long nous montre un bord de mer complètement virtuel.

Capture d’écran 2019-07-14 à 15.28.21Ce n’est pas un palais, mais une abbaye (San Gregorio) que les galeries Colnaghi et Chahan ont investi pour recréer une demeure de collectionneurs. Meublée de tableaux de maîtres, de sculptures, d’objets design, de tapis, de statues, un grand salon dont les immenses baies vitrées s’ouvrent sur la Dogana et le grand Canal, est somptueux.

Après les Palais, les Giardini, cœur et origine de la Biennale. Une grande promenade nous fait découvrir les audaces d’artistes de tous pays. 

R4La Russie présente une installation impressionnante d’un ballet inquiétant de pantins de bois désarticulés. Le lieu est sombre, les sols et murs taggués à grands traits noirs épais où de petites figurines de bois découpées extérieures à l’œuvre, ajoutent à l’étrangeté. 

R6Une vidéo montre des scènes de guerre ou de fin du monde : immeubles dévastés au milieu des flammes où des combattants tirent à la Kalach. En contrepoint, des sculptures en terre brute, volontairement peu éclairées, représentent à taille humaine de vieux personnages peints par Rembrandt.

Pour l’Angleterre, Cathy Wilkes présente une installation sensible de peintures et d’objets en jaune et blanc doux, presque transparents. La couleur est là sans y être, juste pour souligner et effleurer. Des petits objets au sol et sur les murs complètent cette impression poétique de légèreté, de douceur fragile.

En France, Laure Prouvost est devenue une maîtresse du montage d’images qui s’entrechoquent, de voix incompréhensibles, de musiques, de lieux, de bouts de films, de danseurs de Hip hop, etc.  Un road trip où souvenirs et visions sont filmées en accéléré. Être accueilli par des gravats, des détritus joliment disposés, n’ajoute rien à son propos.

prouvoJPGLa video délirante  de… (pas retrouvé son nom) est extrême. Tous les plans sont surajoutés les uns sur les autres, et les sons aussi.

psuraLe pavillon australien présente une reposante vidéo en trois grands écrans où des musiciens déambulent et jouent dans un parlement vide. Une prise de possession d’un espace ou règne d’habitude les éclats de voix politiques.

Le pavillon de la Norvège présente des sculptures blanches aux formes géométriques : design épuré, lignes harmonieuses, tout est simple, pur blanc, avec quelques fins traits noirs. Tout semble en suspension, en attente, dans une tension calme.

 

Sur un large mur, sont dessinés à la suite les principaux monuments des grandes villes.

mo2La Belgique a choisi de présenter des mannequins aux gestes mécaniques singeant les activités humaines. Certains sont derrière des grilles, la plupart rassemblés dans la grande salle. Des images d’Epinal au grotesque contemporain.

B1Israël a transformé son Pavillon en hôpital avec numéro d’accueil, salle d’attente et salles de soins (plutôt psychiatriques).

L’Arsenale présente les mêmes artistes qu’à la Biennale, une première voulue par le curateur Paolo Baratta. Beaucoup (trop) de vidéos et de plus en plus, d’assemblages (de formes, de matières, d’objets, de tissus, etc.

 

 

B5393347-7220-4D3D-97CD-C936D775CB5EJ’ai même retrouvé Iquitos !

L’œil saturé est arrêté de temps en temps par une photo, une installation qui se démarque, un film, un ponton..

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Le prix de la Biennale accordé la Lituanie, pour une fois, est approuvé par tous. C’est trop génial : la création d’une plage assez grande avec du sable et des vrais gens qui lient, qui écoutent la radio, surveillent les enfants (il y en a aussi)… et qui chantent de belles chansons. On se promène au-dessus dans une galerie. Il y a tant à voir : les familles, les bambins, les jouets de plage, les serviettes… On y est. On aimerait que les plages soient comme ça. Tout est juste, bien vu, bien pensé… C’est aussi une image de l’humanité…

Le thème cette année, c’est : « May You Live In Interesting Times »…

plage

 

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