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Virginie Journiac se rend compte assez jeune qu’elle a un nom lourd à porter. Des professeurs de dessin, à l’appel de son nom, semblaient tiquer et réagir bizarrement. Elle savait bien sûr qui était Michel Journiac (avec qui elle est apparentée).
Inventeur de l’art corporel, connu pour ses travaux dérangeants (il a fait du boudin avec son sang), ce personnage hors du temps qui a abandonné ses études au Séminaire pour s’adonner à l’art dégageait une aura qui semblait incommoder les gens. Comme il invitait les membres de la famille à ses performances, le père et l’oncle de Virginie s’y rendaient. Elle savait tout de lui mais n’assistait pas aux performances et ne l’a pas connu, mais son art trash et gore avec quelque chose de morbide a sûrement marqué la jeune Virginie : « Ça m’a habitée mais c’est resté enfoui ».
Elle a dû supporter toute sa vie le regard interrogatoire et embarrassé des gens qui entendaient son nom. Aussi, il n’était pas question pour elle de vivre dans le milieu artistique, cela lui paraissait interdit, n’ayant « pas envie qu’on jauge mon travail à l’aune de son nom ».

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Virginie avait choisi de devenir journaliste, mais attendant de déposer son dossier au Celsa (la très sérieuse école du journalisme de la Sorbonne), un prospectus pour l’Institut d’Art et d’Archéologie de la même université, qui traînait sur une table, attire son attention. En une minute, elle se rend compte qu’elle se fourvoie, ce n’est pas le journalisme qui l’attire, elle veut « être dans l’art, mais pas artiste ».
Préparée par un bac littéraire avec option Arts Plastiques (son professeur lui avait suggéré de tenter l’Ecole de Penninghen), elle se spécialise dans l’art médiéval, fascinée par l’iconographie chrétienne. Ses racines auvergnates, avec les idoles et Vierges noires du Moyen Âge, ont probablement joué un rôle dans ce choix.
Diplômée de l’Institut d’Art et d’Archéologie de la Sorbonne, elle passe son DEA, mais plutôt que présenter sa thèse, elle désire se frotter tout de suite au monde du travail et prépare les concours de Conservateur du Patrimoine.
Elle obtient son premier poste au Musée Fesch d’Ajaccio. Passionnée par la Corse et le musée qui possède une superbe collection de Primitifs Italiens, elle travaille sept années sur l’île avant de revenir en 2006 « sur le continent » pour occuper la direction des musées de Cagnes-sur-Mer.
Elle élabore le projet scientifique et culturel pour la réhabilitation du Musée Renoir  (ainsi que du Château Grimaldi) qui, soumis à la Direction des Musées de France, sera approuvé. Elle refait vivre alors les deux lieux et réintroduit l’art contemporain dans le vieux château médiéval.

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Trop d’administration l’empêchant d’avancer sur l’écriture d’un livre retraçant la dernière période de Renoir, elle arrête son travail pour se consacrer à cet ouvrage.
Devenue experte indépendante agréée par la Chambre Européenne des Experts, elle a l’opportunité de pouvoir accéder à un important fonds d’archives de Renoir vendu aux enchères par les descendants du peintre aux USA, racheté par une galerie en Arizona où elle obtient un rendez-vous.
Heureuse de se pencher dans tous ces documents passionnants, elle peut enfin finir son ouvrage, qui paraît en 2013.
Ce travail achevé, la dernière page de ce livre tournée, son métier d’expert lui en laissant le temps, elle s’autorise enfin à « être dans l’art ».
Les expositions d’art contemporain qu’elle a eu à organiser ont probablement influé sur sa décision.
Elle décide de prendre comme nom d’artiste : Virginie de SaintMéard qui fait référence à Journiac de SaintMéard, un noble qui a été sauvé par les tribunaux révolutionnaires, sa bonté et sa générosité étant reconnues par les juges.
Le nom de baptême de Virginie est seulement occulté en façade, le fantôme de Journiac y demeure caché. Ce noble sauvé par les révolutionnaires est aussi un beau symbole…

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Virginie ne dessine pas, ne peint pas, ne sculpte pas, mais découpe, pile, compresse, percute, colle ou fracasse… Pas des objets de séries, manufacturés, lisses, nés de l’uniformisation ou de la mondialisation, mais des objets anciens, qui ont vécu, qui sont habités, encore « imprégnés de la sueur d’enfants, de leurs phéromones », usés, salis par le temps.
Des objets chinés, qu’elle trouve dans les brocantes ou les vide-greniers, surtout beaucoup de poupées qu’elle démembre, entasse dans des bocaux ou met en croix.

La poupée est à la fois « l’enfant de l’enfant » et un objet « magique » associé à des pratiques rituelles. On retrouve ces  figurines/jouets dans les fétiches africains, le vaudou, ainsi que  dans les tombes, au moins depuis l’Antiquité.
Pour les enfants, ces « objets transitionnels » ne sont pas toujours bienveillants, ils peuvent être l’objet de colère, frappés, mutilés…

Les poupées ont quelque chose d’effrayant, celles que Virginie récupère ont souvent des têtes « moches », comme dans les représentations de bébés du Moyen Âge chrétien qu’elle connaît bien. Les églises avaient alors imposé aux artistes de fournir des images de bébés vieillis, Jésus devant conserver un visage inchangé depuis sa naissance… Il faudra attendre le quatorzième siècle pour voir représentés de véritables portraits d’enfants joufflus proches de la réalité.
Quelque chose de cet ordre a dû rester dans les poupées « modernes » jusqu’au début du XXe siècle.

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Au delà des poupées, Virginie de Saint-Méard redonne vie à toutes sortes d’objets abandonnés. Elle se souvient du grenier de la maison de sa grand-mère, dans le Cantal profond, un lieu de rebut à la fois merveilleux et inquiétant, avec ses sols qui craquent…
Les jouets, les peluches, les vêtements et les vieux meubles la passionnent. Elle recherche « l’inconscient » des objets qu’elle s’approprie et à qui elle redonne une nouvelle vie.

À la Galerie Ferrero, elle a choisi un espace particulier pour montrer ses créations ou  re-créations, un antre aux pierres apparentes (entrailles d’un escalier).
Son « Cabinet de Curiosités » est une caverne, une grotte où sont exposés (dans le sous le sol) des objets venus de greniers (près du ciel).
Aux espaces lisses des musées-mausolées, elle oppose des installations et des représentations dérangeantes qui parlent de souffrance, de « société de cruauté », d’inconscient, d’obscur.

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On peut y voir un ersatz d’atelier de taxidermiste, de réparation (ou de destruction). Dans des bocaux (sans formol) sont entassés les membres et les têtes de poupées démembrées.

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D’un de ces bocaux surgit une main comme un appel à l’aide.
Accrochés au mur, un torero enchristé (pour sacrifier le sacrificateur), un tableau/collage d’un poupon tentant de revenir au sein de sa mère, comme si le monde qu’il venait de découvrir lui avait paru trop effrayant, et la touchante chaussure d’un nourrisson suspendue dans un cadre. Au sol, des grandes poupées aux têtes ou aux corps compressés par des vis (des vices ?), et beaucoup d’autres objets mystérieux, d’une émouvante et inquiétante étrangeté…

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Cabinet de Curiosités de Virginie de Saint-Méard
Galerie Ferrero
17 rue Droite – Vieux Nice
site : http://www.galerieferrero.com/

 

 

 

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