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Musée de Terra Amata et Galerie Laure Matarasso

Pour Martin Miguel, la ligne est primordiale. Quand elle cesse d’être droite, par ses courbes et ses torsions, elle peut définir des contours reconnaissables.

Sur les parois des grottes où les hommes de la préhistoire s’abritaient, à la lueur mouvante de leurs torches, apparaissaient des formes : corps d’animaux, ventres, yeux, cornes, etc. Il leur suffisait alors de les souligner et de les compléter par des tracés de lignes au charbon pour les rendre tout à fait lisibles, compréhensibles par tous. Cette « représentation » est une re-présentation forcément différente de la réalité, nécessairement simplifiée mais suffisante pour la transmission, deviendra symbole : représentant de la représentation. 

Celui qui trace la ligne – le peintre donc – était né.

Le charbon, né de l’invention du feu, est de fait le premier crayon. Il sera suivi par l’utilisation de pierres tendres colorées comme les ocres dont les premières traces datent  de 250 000 ans, donc plus tardives que les premiers charbons des foyers de Terra Amata qui ont près de 400 000 ans.

Même s’il n’en reste pas de traces, il est logique d’imaginer que les premières figures datent de cette époque lointaine : l’acte de dessiner, de peindre serait lié à l’utilisation du feu.

Ce retour aux origines opéré par Martin Miguel légitime, s’il en était nécessaire, la présence d’un artiste contemporain dans un lieu qui a vu il y a donc 400 000 ans des hommes aux prises quotidiennement avec des charbons. 

La pratique du dessin de ces premiers artistes nous informe également qu’il n’y a pas de création ex-nihilo. L’homme reconnaît dans les formes des roches des figures de son quotidien et les prolonge. Leur création se faisait à partir d’un support déjà porteur de sens.

La problématique de la ligne et du support intéresse justement Miguel dont le travail, à la suite des mouvements des années 70, a consisté à remettre en question les pratiques artistiques, à reconsidérer la peinture et ses constituants pour défricher de nouveaux territoires artistiques : comment faire disparaître le support, déconstruire la toile et ne plus considérer la peinture comme substance recouvrant des surfaces mais comme une matière en elle-même.

Miguel a questionné la ligne en utilisant la corde du maçon puis des fils électiques et enfin, de fils de fer pouvant se tordre pour dessiner les formes.

Dans sa pratique actuelle, le contour en fil de fer dessinant une forme animale issue de la préhistoire est placé sur un support qu’il recouvre d’une matière complexe à base de pâte à papier ou de béton composée de gravier, de sable, de ciment et d’eau, intégrant divers déchets et pigments colorés.

Cette matière molle presque liquide dont les éléments vont se mêler va se durcir pendant le séchage. Le travail de l’artiste se fait ici en aveugle, sans affect, ni intention nette, laissant aussi une grande place à la sérendipité.

La surface est abolie, de même que le support qui est extrait de l’œuvre à un stade de la création. Reste l’œuvre constituée de la ligne et de la matière, ligne qui dessine une forme reconnaissable pouvant se poursuivre imaginairement dans l’espace.

Ce qui intéresse particulièrement Miguel, c’est le faire, la confrontation aux matériaux, et la création de belles matières composites où le support et l’œuvre sont confondus.

« Ce que je veux travailler, c’est cette sorte de surgissement coloré, un peu comme si la couleur remontait du fond des murs dans une sorte de chute inversée ».

L’exposition du Musée de Terra Amata « Maintenant, l’Origine. Intervention Martin Miguel » est complétée par celle à la Galerie Laure Matarasso. Deux belles et inspirantes expositions.

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