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De la rencontre de Majid Boustany avec la peinture de Francis Bacon en 1990 est née vingt-cinq ans plus tard une Fondation destinée à contribuer à une meilleure connaissance de l’œuvre, de la vie et des méthodes de travail de l’artiste. 
La collection qu’il a rassemblée au fil des années comprend des peintures, des dessins, des meubles, des tapis qu’il a réalisés ainsi que des objets lui ayant appartenu et plusieurs centaines de photographies. La Fondation a publié et soutenu des livres et produit ou financé des courts-métrages documentaires nous éclairant sur le parcours de l’artiste, ses rencontres, les relations avec ses pairs et les peintres qui l’ont inspiré, etc. Une importante documentation qui ne cesse de s’enrichir et qui est mise à la disposition des chercheurs. Une attention toute particulière a été portée à la période durant laquelle Bacon a vécu et travaillé à Monaco et en France.

Un nouvel accrochage d’une grande rigueur centré sur les ateliers de Bacon admirablement présenté par Cécilia Auber, nous permet de pénétrer dans l’intimité de ses ateliers, de son premier show-room de désigner à son dernier « studio » de Reece Mews à Londres. 
La présentation commence par le Bacon le moins connu, celui de designer, dont le goût pour les beaux objets est peut-être né dans la somptueuse demeure de sa grand-mère de « Farmleigh », près d’Abbeyleix, en Irlande, où il a habité dès l’âge de neuf ans.
Plusieurs années plus tard, après des allers-retours entre l’Angleterre et l’Irlande et de retour en Irlande, il est rejeté par son père à cause de son homosexualité. Il part alors à Londres, à Berlin, puis à Paris, vivant d’une petite rente envoyée par sa mère.
Ces années jusque-là peu documentées ont été en fait des années de formation intense. Entre 1927 et 1929, Francis Bacon fréquente les cafés de Montparnasse, découvre Picasso, le cubisme et les remises en question picturales des peintres de sa génération, et se forme au contact des plus importants décorateurs de l’époque comme Le Corbusier, Charlotte Perriand, Eileen Gray, Robert Mallet-Stevens, etc.

Grâce à son amant et mécène Eric Allden, il s’installe comme décorateur dès janvier 1930 à Queensberry Mews West (1930-1931), où sur sa carte professionnelle il se présente comme créateur de décoration moderne : mobilier en métal, verre et bois, tapis et luminaires.

Dans la première salle de la Fondation sont présentés une table aux structures en acier tubulaire et un tabouret, des meubles à la grande sobriété graphique, deux grands tapis signés de son nom ainsi que ses premières peintures d’inspiration surréaliste ou cubiste dont ‘Painting’, 1930, sa première huile sur toile. Design, lignes pures, géométrisation, matériaux simplifiés destinés à la fonctionnalité, aux loisirs caractérisent son style en accord avec celui de l’époque. 

Vue du nouvel accrochage à la Francis Bacon MB Art Foundation Monaco
Photo © Francis Bacon MB Art Foundation / Tapis et tabouret © The Estate of Francis Bacon.
All rights reserved / MB Art Collection

Dans les futures peintures de Bacon, on retrouvera nombre d’éléments présents dans ses créations de meubles : tubulures, encadrements, cercles, et dans ses tapis : formes anthropomorphes, murs de briques, etc.

Francis Bacon, ‘Painting’ 1930
Photo © Francis Bacon MB Art Foundation / Oeuvre © The Estate of Francis Bacon.
All rights reserved / MB Art Collection

Les photos, les documents et meubles de cette salle complètent la présentation du jeune Francis Bacon, alors âgé de 21 ans, dont les créations déjà reconnues bénéficient d’une double page dans la revue Studio Magazine de 1930.

Sa rencontre en janvier 1932 avec Éric Hall, son nouvel amant et mécène, un homme riche et influent, l’amènera à délaisser la décoration pour mieux se consacrer à la peinture.  

Après le show-room de décorateur, il emménage à Carlyle Studio dans le quartier de Chelsea avec son mentor Roy de Maistre puis au 71 Royal Hospital Road dans le même quartier londonien. Il y peindra Crucifixion, une peinture inspirée de Picasso qui a été un déclencheur important de son œuvre (son exposition des dessins à la Galerie Paul Rosenberg à l’été 1927 l’avait enthousiasmé et encouragé à peindre).

Suite à la vente de Crucifixion, sa première exposition personnelle organisée à la Transition Gallery en 1934 se soldera par un échec et deux ans plus tard, il sera refusé à l’exposition Internationale du Surréalisme organisée par André Breton.

Ces insuccès et les années de guerre vont l’éloigner de la peinture. Il s’installe à Cromwell Place en 1943 (1943-1951) avec sa nanny Jessie Lighfoot et peint plusieurs de ses premiers chefs-d’œuvre, dont Painting 1946, Head VI, 1949, Study for the Hurnan Body, 1949, et Study after Velázquez, 1950. Le célèbre Three Studies for Figures at the Base of a Crucifixion, 1944, qui le fera reconnaître d’un grand public sera exposé à la galerie Lefèvre. Quelques années plus tard, en 1948, il rejoint la galerie d’Erica Brausen. Sa carrière est lancée. 

La visite se poursuit par la découverte des premières photographies de cet atelier, prises par l’historien de l’art Sam Hunter en 1950 qui décrit déjà « les tables jonchées de photographies et de coupures de journaux et de photographies ou de portraits de personnalités » qu’on retrouvera dans ses ateliers suivants comme celui de Overstrand Mansions (1955-1961) où papiers, cartons, livres entassés tapissent le sol ou débordent des tables et des étagères.

Dans la décennie suivante, alors qu’il est devenu un artiste reconnu et célébré, il est meurtri par des drames personnels : en 1962, le jour de l’inauguration de sa rétrospective à la Tate, il apprend la disparition de Peter Lacy, son grand amour, décédé la veille à Tanger. En 1971, son nouvel amant George Dyer se suicide deux jours avant l’inauguration de sa rétrospective au Grand Palais qui était pour lui le sommet de sa carrière.

Il se sent bien à Paris et décide de prendre un atelier 14 rue de Birague (1974-1987), dans le quartier du Marais, dont la plupart des meubles sont désormais dans les collections de la Fondation. On peut ainsi voir la table, le chevalet, son grand T d’architecte, une assiette qui a servi de palette, des pinceaux et des couleurs utilisées par l’artiste. Les photos montrent un atelier plus rangé étant donné qu’il vivait et travaillait dans la même pièce.

Edward Quinn : Francis Bacon dans son atelier du 14 rue de Birague, Paris, 1979 ©edwardquinn.com


Le dernier atelier, celui de 7 Reece Mews qu’il a gardé de 1961 à son décès en 1992, était situé au-dessus d’anciennes écuries. On y accédait difficilement par un petit escalier avec pour rampe une grosse corde pour se tenir. Dans cet atelier, la pagaille est extrême.Au mur, un miroir piqué avec tout autour des tables recouvertes de livres et de feuilles arrachés à des revues, de vieux chiffons. Sur les murs, des taches de peinture, et sur les tables, des assiettes lui servant de palette, des pinceaux trempant dans des boîtes de conserve, etc. Un désordre qui, dit-il, le stimule visuellement et lui suggère des images.

« Ce bazar, a-t-il dit, est comme mon esprit, il peut être une bonne image de ce qui se passe à l’intérieur de moi. C’est comme ça, ma vie est comme ça ».

La quantité incroyable de documents entassés (plus de sept mille) est due à la longévité de cet atelier mais fait penser aussi qu’il devait revenir chez lui souvent chargé de livres et de photos achetés au fil de ses sorties en ville. Il y repérait et découpait toute image qui l’intéressait, notamment des reproductions de tableaux comme le pape de Velasquez ou des photos médicales, d’horreurs ou d’accidents dont il pourrait s’inspirer. 

Lors du déménagement de l’atelier désormais reconstitué à Dublin, on a retrouvé de nombreux articles de presse et des livres sur les artistes qui l’intéressaient dont notamment plusieurs concernant Ernest Pignon-Ernest, l’artiste français qu’il admirait particulièrement et à qui il a demandé des agrandissements de ses œuvres. Ils ont par la suite échangé plusieurs lettres (on a même retrouvé le rouleau dans lequel il a reçu les reproductions).

Tous ces documents lui servaient pour composer ses toiles car Bacon n’a jamais peint directement ce qu’il voyait. Même pour les portraits, il utilisait des photographies et rarement le modèle lui-même. 

Cette visite des ateliers de l’artiste, enrichissante et émouvante, nous offre un regard plus intime sur les lieux de création de cette œuvre prolixe et généreuse. Elle nous apprend comment du chaos peuvent naître des toiles admirablement composées et que « Face au chaos de l’existence, le grand art devait être profondément ordonné. » (FB)

Ce travail de reconstitution minutieuse a donné lieu à un impressionnant ouvrage qui nous permet de découvrir ces lieux très privés de l’artiste. Le livre Francis Bacon : Studios présente plus de 150 photographies des ateliers de l’artiste, prises entre 1930 et 1992. 

Depuis son ouverture en 2014, la Fondation accueille également des petits groupes de visiteurs sur réservation les mardis et premiers samedis du mois pour une visite guidée et gratuite de 1h45.

L’ouvrage est à commander à la MB Art Foundation

image de une : Edward Quinn : Francis Bacon dans son atelier de 7 Reece Mews, Londres, 1979

©edwardquinn.com

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